Détail du rapport

MOBILISATION CITOYENNE AUTOUR DE LA LUTTE CONTRE LES VBG


Dans le cadre de ses activités de promotion, protection et défense des droits des femmes, deux journées internationales, le 8 mars et 23 juin 2018 ont été célébrées.

1-CELEBRATION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME

La journée internationale de la femme a été célébrée sur toute l’étendue du territoire national, le 8 mars 2018. Si sur le plan international le thème retenu était « l’heure est venue : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes », au Congo, le thème national retenu était « l’implication de la femme congolaise dans la lutte pour l’autosuffisance alimentaire ». C’est ainsi que la question de la place de la femme dans le développement économique et social du Congo a été abordé. Dans le département du Niari où est implanté le Guichet d’Observation des Droits Humains, les activités marquant la célébration de la journée internationale de la femme ont été organisées dans le district de Louvakou, à près de 30km de Dolisie, chef-lieu du département du Niari. Les femmes habillées en t-shirts blancs, avec un seul message « 8 mars journée de la femme » dont « 8mars » devant sur la poitrine et « journée de la femme » derrière au dos.
A l’occasion de cette journée, le Coordonnateur de l’Association Avenir Nepad Congo, Monsieur Etanislas NGODI, avait organisé un focus groupe sur les droits des femmes, structuré autour des points suivants : l’implication de l’Etat et de la femme dans l’autosuffisance alimentaire et la participation de la femme le domaine de la vie politique, économique et sociale.
Une tribune spéciale organisée sur la Radio du Conseil Départemental du Niari, l’animateur du Godh, M. Gael Mboumba Nzigou avait mis en avant l’historique de la journée internationale des droits de la femme. Il avait profité de l’occasion pour parler de l’égalité de genre, des victoires, et avancées sur les droits des femmes en république du Congo, des campagnes menées un peu partout dans le monde. Au sujet des violences sur les femmes, il avait brandi les articles du code pénal congolais en matière de viol, pour demander aux jeunes garçons et adultes de ne plus commettre ce crime, puisque la loi le réprimande sévèrement. Il a été rappelé aux auditeurs que le crime de viol est établi par l’article 332 du code pénal en ces termes : « Quiconque aura commis un crime de viol, sera puni à des travaux forcés à temps. Si le crime a été commis sur la personne d’un enfant au-dessus de l’âge de treize ans, le coupable subira le maximum de la peine des travaux forcés à temps. » Plus grave encore, c’est lorsque le viol est commis sur la personne d’un enfant mineur. A ce niveau l’auteur de l’acte encourt la réclusion. Pour référence, l’article 331 du même code a été cité comme suit : « Tout attentat à la pudeur, consommé ou tenté sans violence sur la personne d’un enfant de l’un ou d’autre sexe, âgé de moins de treize ans sera puni de réclusion. Sera puni de la même peine, l’attentat à la pudeur commis par tout ascendant sur la personne d’un mineur même âgé de plus de treize ans, mais non émancipé par le mariage.»

2-CELEBRATION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA VEUVE

Depuis 2012, l’Association Avenir Nepad Congo célèbre la Journée internationale des veuves, un moment de réflexion sur les stratégies à mettre en œuvre pour résorber cette situation calamiteuse, voire chaotique que vit cette frange de la population, de susciter l’engagement des citoyens à respecter les droits des veuves et poser des actes qui leurs facilitent la vie dans la société congolaise. L’édition 2018.
Dans la ville de Dolisie cette journée a été célébrée, le samedi 23 juin 2018 et connu la participation des autorités locales et/ ou de leurs représentants et des femmes veuves.

Dans son mot de circonstance, Gael Mboumba Nzigou, animateur du GODH a insisté sur la nécessité de faire la vulgarisation de la journée du 23 juin, question de la faire connaitre aux populations et qu’elles aient toujours en esprit la condition des veuves pour ne pas par ignorance les malmener. « Si l’on demandait à des citoyens pris au hasard ce que signifie pour eux le 23 juin, nul doute que cela ne leur évoquerait pas grand-chose. C’est pourtant la date choisie par les Nations Unies pour célébrer la journée internationale de nos mères et grands-mères veuves. C’est un grand évènement au cours duquel il faille échanger sérieusement sur ce qui parait comme un fléau qui mine nos ascendantes. Ce n’est pas anodin ; bien au contraire, c’est la réalité de notre quotidien qui nous pousse à entreprendre les actions de ce genre.»
Pour Ornael Mikhael Djembo, Chargé des programmes, les conditions de vie des veuves en République du Congo sont déplorables : « absente des statistiques, abordée partiellement par les chercheurs, négligées par les autorités nationales et locales et la plupart du temps, pas suffisamment abordée par les organisations de la société civile, la situation des veuves en République du Congo est une réalité invisible. Pourtant, la maltraitance des veuves et de leurs enfants représente l’une des plus graves violations des droits de l’Homme et l’un des principaux obstacles au développement. Des millions de veuves dans le monde vivent dans une pauvreté extrême, subissent l’ostracisme et la violence, connaissent la privation de logement, sont confrontées à la maladie, à la discrimination juridique et sociale».
M. Dominique Bimbene, chargé des affaires socioculturelles à la Mairie Centrale de Dolisie est revenu très largement sur la condition du veuvage: « est veuve, non pas celle qui le veut, mais c’est la loi divine à laquelle personne ne peut y échapper. C’est pourquoi la date du 23 juin doit aussi être une journée d’exhortation des droits des veuves.», avait-il martelé.



L’animation culturelle s’était focalisée autour de deux sketches. Au regard de la persistance des pratiques rétrogrades, de la méconnaissance par les veuves elles-mêmes de leurs droits et surtout du manque de volonté politique de l’Etat pour mettre en œuvre les engagements politiques, les deux groupes de théâtre (Ciné Star et Nouvel Espoir) avaient adapté leurs scènes dans cette vision. Le groupe théâtral Ciné Star avait presté sur la réalité des veuves, en mettant l’accent sur les causes des problèmes de succession (ignorance des citoyens sur les droits de succession, cupidité et absence d’éducation sur le vivre ensemble) Le deuxième groupe Nouvel Espoir, s’était plutôt concentré sur la contestation du testament par les neveux du défunt. Malgré la présence d’un écrit laissé par le défunt, ses neveux se sont emportés dans le domicile conjugal où vivait tristement sa veuve pour la déguerpir foulant aux pieds la mémoire du défunt. De cette contestation nait un litige sur le partage des biens, et laisse la veuve sans domicile fixe.
Dans les échanges, la Directrice départementale de la promotion de la femme, madame Angélique Nzahou-Tsimbou, avait exhorté les femmes ne pas être silencieuses faces aux différentes injustices auxquelles elles sont l’objet. « Essayez de ne pas rester toujours dans les us et coutumes. Le plus difficile dans tout ça, ce sont, malheureusement, les femmes qui maltraitent les autres. Nous devons agir lorsque nous sommes en face une situation de maltraitance », dixit la directrice de la promotion de la femme.
Pour le représentant du Maire de la ville, « la majorité des femmes qui subissent les conséquences du veuvage sont celles qui se comportent mal envers la famille de leurs maris. L’attitude femmes envers les membres de la famille de leurs maris doit être exemplaire. Après le défunt du mari, la belle famille ne doit pas faire preuve de vengeance en infligeant les sévices à la veuve. C’est intolérable. »
Quelques témoignages des veuves ont été suivis :
-Une veuve témoigne qu’elle aurait été abandonnée après la mort de son mari par les parents de celui-ci. Ils lui auraient confisqué tous les biens. Elle n’aurait bénéficié ni du capital de décès ni de la pension.
-Une autre aurait vécu dans un couple dans lequel elle aurait élevé ses propres enfants et ceux des parents de son mari. Au total, elle, son mari et les enfants à leur charge formaient une famille de dix-neuf (19) membres. Après la mort de son mari, personne des parents de son mari n’a reconnu ses biens faits à tel point qu’elle et ses enfants auraient été mis dehors. Ces enfants ne pourraient pas même aller étudier à Brazzaville en raison des difficultés financières.